
Soudan et Tchad : la tierce partie
Un rapport d’enquête sur le soutien présumé du Tchad aux forces de soutien rapide (FSR) du Soudan
Par Mohammed Saad Kamel,
Rédacteur En Chef du Journal Brown Land, 8 Décembre 2024.
La Genèse Du Conflit
La guerre entre les Forces Armées Soudanaises (FAS) et les Forces de Soutien Rapide (FSR) paramilitaires a éclaté le 15 avril 2023. Avant le déclenchement de la guerre, les tensions étaient vives et des signes avant-coureurs montraient que le pays était au bord de la guerre. Deux jours seulement avant que les FSR ne lancent une attaque coordonnée contre le Palais Présidentiel, le Quartier Général Militaire et des installations stratégiques au Soudan, une centaine de véhicules des FSR ont assiégé l’aéroport de Méroé, dans le nord du Soudan, refusant de se retirer. Cela a incité les FAS à déclarer que la mobilisation des FSR constituait une menace importante de confrontation. Depuis des mois, les FSR déplaçaient régulièrement des forces du Darfour vers la capitale National, Khartoum.
Sur le plan politique, un débat houleux sur l’intégration des RSF dans l’Armée Nationale a jeté de l’huile sur le feu. Les SAF ont réclamé un délai de deux ans, tandis que les RSF ont insisté sur un processus de dix ans.
Depuis les premiers échanges de tirs le 15 avril 2023, des questions subsistent quant à l’identité des instigateurs du conflit. Les accusations ont fusé des deux côtés, avec des allégations selon lesquelles une ‘‘tierce partie ‘‘ pourrait avoir incité à la guerre.
Relations entre le Tchad et le Soudan : une histoire de tensions
Les guerres civiles au Tchad, un pays marqué par une longue histoire de conflits internes, ont eu des répercussions sur le Soudan. Depuis son indépendance de la France en 1960, le Tchad oscille entre les dirigeants arabes musulmans du nord et les groupes chrétiens subsahariens du sud. Chaque changement de régime a généralement été accueilli par une contre-révolution.
La guerre civile au Tchad s’est entrelacée avec le conflit du Darfour en 2003. Les rebelles soudanais auraient reçu le soutien du gouvernement tchadien, tandis que le Tchad accusait le Soudan d’aider les rebelles tchadiens. En 2008, le Tchad a fait face à une attaque rebelle intense contre sa capitale, N’Djamena, ce qui a incité la France à intervenir pour soutenir le président Idriss Déby.
Malgré des hostilités récurrentes, Déby s’est efforcé de maintenir des liens cordiaux avec le Soudan, conscient de la dépendance mutuelle entre les deux nations. La stabilité du Soudan reflétait souvent celle du Tchad, les deux pays partageant des liens économiques et sociaux profonds. Cependant, après la mort de Déby en 2021, le paysage politique tchadien a changé sous la direction transitoire de son fils, Mohamet Idriss Déby, également connu sous le nom de «Kaka ‘‘. Cette transition a marqué un tournant dans les relations soudano-tchadiennes.
Le rôle du Tchad dans le conflit soudanais actuel
Les inquiétudes concernant l’implication du Tchad dans la guerre soudanaise se sont intensifiées. Des rapports indiquent que les territoires tchadiens ont été utilisés comme points de transit pour les expéditions d’armes et des mercenaires soutenant les RSF. La surveillance internationale par satellite a révélé plus de 400 vols des Émirats arabes unis vers le Tchad, livrant des armes aux RSF via les aéroports tchadiens, notamment le poste frontière d’Adré et l’aéroport international de N’Djamena.
Les critiques accusent Mohamet Déby de privilégier les gains personnels aux intérêts nationaux de son pays en s’alignant sur des acteurs extérieurs, en particulier les Émirats arabes unis. Ces actions ont été décrites comme faisant partie d’un projet régional plus large mené par les Émirats arabes unis visant à déstabiliser le Soudan.
La réponse du Soudan : accusations contre le Tchad et les Émirats arabes unis
Lors d’une conférence de presse le 2 décembre 2024, le Ministre Soudanais de la Défense, Yassin Ibrahim, le Ministre des Affaires Etrangères Ali Youssef et le Ministre de l’Information Khalid Al-EissIr ont présenté des preuves impliquant à la fois le Tchad et les Émirats arabes unis dans l’alimentation de la guerre. Ils ont affirmé que les Émirats arabes unis avaient fourni des armes de pointe, notamment des drones, qui ont été transportés à travers le Tchad à destination des RSF.
Le ministre de la Défense Ibrahim a déclaré ‘’ Ces actes d’agression, appuyés par des preuves irréfutables, constituent une atteinte directe à la souveraineté du Soudan.’’ Il a assuré que le Soudan se réservait le droit de réagir au moment et au lieu de leur choix.
Le ministère de la Défense a montré des images satellite et des débris de drones, affirmant que ces attaques avaient causé d’importantes pertes civiles sans apporter de gains militaires aux RSF. Le ministre des Affaires étrangères a en outre condamné la facilitation par le Tchad de ces transferts d’armes, les qualifiant de violation des normes internationales et des obligations de voisinage.
Le Chemin à suivre
Le gouvernement soudanais a exigé que le Tchad et les Émirats arabes unis doivent faire attention à leur pas, mettant en garde contre l’instabilité régionale si leur ingérence persistait. Les observateurs affirment que le rôle du Tchad, sous la direction de Mohamet Déby, pourrait conduire à une plus grande déstabilisation de la région du Sahel s’il n’est pas traité.
Alors que le conflit se poursuit, les appels du Soudan à une intervention internationale s’intensifient, soulignant le besoin urgent de résoudre ce qui est devenu une guerre par procuration à multiples facettes aux conséquences humanitaires désastreuses.
Le Soudan accuse le Tchad de soutenir les Forces de soutien rapide, le Tchad nie les allégations
Allégations soudanaises contre le Tchad
Le gouvernement soudanais a soumis des preuves à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples accusant le Tchad de soutenir les Forces de soutien rapide (RSF) dans la perpétration de crimes, notamment de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les accusations sont basées sur une implication présumée dans des actes tels que des meurtres, des viols, des déplacements forcés et le recrutement d’enfants soldats. Le Soudan affirme que le Tchad a autorisé l’utilisation de ses frontières et de ses pistes d’atterrissage pour l’approvisionnement en armes des RSF et a facilité le déplacement de mercenaires d’Afrique de l’Ouest pour rejoindre le conflit.
Réponse du Tchad
Le Tchad nie fermement ces allégations, les qualifiant d’infondées et de contreproductives pour les efforts de paix. Le gouvernement tchadien accuse le Soudan d’avoir longtemps déstabilisé le Tchad en soutenant des groupes rebelles, ce qui aurait conduit, selon lui, à l’assassinat de l’ancien président tchadien Idriss Déby en 2021. Le Tchad maintient qu’il est resté neutre dans le conflit soudanais, et le ministre des Affaires étrangères Abderrahmane Koulamallah a réitéré l’engagement du Tchad en faveur de la paix, condamnant les accusations du gouvernement soudanais comme étant fausses.
Contexte plus large et implications
Ces accusations ont encore tendu les relations entre les deux pays. Le Tchad accuse le Soudan de déstabiliser la région et nie aider les RSF. Le président tchadien Mohamet Déby, communément appelé ‘‘Kaka ‘‘, manœuvrerait pour atténuer les risques d’instabilité régionale, en équilibrant les relations avec des acteurs extérieurs comme les Émirats arabes unis et la France tout en s’attaquant aux tensions tribales internes.
Préoccupations ethniques et humanitaires
La guerre en cours a des conséquences dévastatrices pour les civils, en particulier pour les groupes ethniques du Darfour. Un rapport du Monde détaille les campagnes de nettoyage ethnique menées par RSF ciblant les tribus africaines, faisant des milliers de morts et des villages entiers détruits. Des atrocités similaires sont redoutées dans d’autres régions, suscitant des inquiétudes quant à une catastrophe humanitaire plus large.
Les défis internes du Tchad
L’implication du Tchad – ou son implication perçue – dans le conflit soudanais risque de déstabiliser son environnement de sécurité déjà fragile. Les observateurs mettent en garde contre une division ethnique croissante au Tchad, exacerbée par ses liens avec les RSF et l’afflux de réfugiés et de combattants le long de ses frontières.
Les accusations et contre-accusations entre le Soudan et le Tchad mettent en évidence un mélange volatile de facteurs locaux, régionaux et internationaux qui alimentent le conflit. Alors que les deux pays continuent de s’échanger la faute, le bilan humanitaire s’alourdit et le potentiel d’une déstabilisation régionale plus large se profile.
Génocide et ingénierie démographique au Soudan : une campagne stratégique
Dans une interview exclusive avec Brown Land, le journaliste et activiste politique basé en France Mohieddine Babouri a décrit les atrocités commises par les Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan comme une campagne délibérée de génocide et de déplacement forcé. Il a caractérisé les actions des RSF comme faisant partie d’un programme idéologique plus large visant à l’ingénierie démographique et à l’effacement de la présence des groupes ethniques africains.
Visant systématique des communautés africaines
Babouri a souligné comment les RSF, qui ont évolué à partir des tristement célèbres milices Janjaweed sous l’ancien président Omar el-Béchir, emploient des tactiques brutales, notamment des massacres, des viols et la destruction de villages, pour atteindre leurs objectifs. Ces actes ciblent des groupes ethniques africains spécifiques, avec des insultes raciales désobligeantes comme zurga (un terme pour définir des individus d’origine africaine) utilisées, péjorativement pour déshumaniser les victimes. Il a noté que ce langage a été utilisé comme une arme pour inciter et justifier la violence, la présentant souvent comme un chemin vers la récompense divine.
Babouri a rappelé certaines des atrocités les plus odieuses, comme les massacres de masse d’El Geneina, où plus de 17 000 membres du groupe ethnique Masalit ont été massacrés en quelques mois. Il a également décrit la destruction symbolique du patrimoine Masalit par RSF, notamment l’assassinat de dirigeants communautaires et le démantèlement d’anciennes structures tribales pour les remplacer par un ‘‘Sultanat des Janjawids ‘‘ nouvellement proclamé, peuplé de groupes arabes venus de toute l’Afrique.
La stratégie du génocide sanctionné par l’État
Babouri a soutenu que ces atrocités ne sont pas des actes de violence aléatoires mais font partie d’un plan calculé pour établir une nouvelle entité politique, appelée ‘‘État de Junayd ‘‘. Cet État envisagé s’étendrait de Port Soudan, dans l’est du Soudan, aux capitales du Tchad, de la République centrafricaine et de la Libye. Il a attribué cette stratégie à des projets de longue date comme les projets ‘‘Quraysh 1 et Quraysh 2 ‘‘, qui prônent la création d’un État dominé par les Arabes sur les ruines de communautés africaines autochtones.
Il a également lié les actions des RSF aux politiques historiques du régime d’el-Béchir, qui ont accordé à la milice Janjaweed un statut légal et un soutien institutionnel, lui permettant d’amasser des ressources et de s’intégrer dans le tissu social et géographique du Soudan.
Le rôle des éléments étrangers
Babouri a identifié des acteurs extérieurs, en particulier les Émirats arabes unis et les États du Golfe, comme des facilitateurs essentiels de la campagne des RSF. Il a suggéré que ces États voient les RSF comme un outil pour faire avancer leurs propres ambitions régionales, notamment le contrôle des ressources du Soudan et la création d’un État tampon pro-Golfe.
Il a averti que les victoires des RSF pourraient conduire à un changement démographique plus large, les pays du Golfe pouvant potentiellement réinstaller leurs populations apatrides ‘‘Bidoun- des personnes sans papiers identifiâtes ‘‘ et d’autres groupes marginalisés dans le Nord-Darfour, dont le climat désertique ressemble à celui du Golfe. Cela renforcerait davantage l’emprise des RSF sur la région et consoliderait la transformation démographique.
Dirigeants africains et dynamique régionale
Babouri a accusé certains dirigeants africains, dont le président tchadien Mahamet Idriss Déby ‘’Kaka ‘’, de complicité dans les actions des RSF. Il a fait valoir que le soutien de Déby aux RSF sert de multiples objectifs stratégiques, notamment l’élimination de l’opposition au Tchad et l’apaisement des puissances extérieures comme les Émirats arabes unis.
Parallèlement, il a souligné la méfiance et le mépris historiques que de nombreux dirigeants africains nourrissent à l’égard des ‘‘colons arabes ‘‘, le considérant souvent comme des vestiges de l’exploitation coloniale. Cette tension alimente un cycle de manipulation, dans lequel des acteurs extérieurs exploitent les milices arabes à leurs propres fins tout en cherchant à les contenir par des guerres par procuration.
Une vision catastrophique pour le Soudan
Babouri a conclu en mettant en garde contre les graves conséquences d’une victoire des RSF. L’État de Junayd, construit sur les cendres des populations africaines autochtones, exacerberait l’instabilité régionale et creuserait encore davantage les divisions ethniques. Il a appelé à une action internationale immédiate pour terminer la campagne des RSF, protéger les communautés africaines et empêcher la réalisation de cette mauvaise vision.
‘’Les enjeux ne concernent pas seulement le Soudan’’, a souligné Babouri, ‘’ mais la survie de cultures, d’histoires et de sociétés entières en Afrique, menacées par une combinaison dévastatrice d’avarice, de racisme et de manipulation géopolitique. ‘’
Mohamed Kaka et le rôle du Tchad dans le conflit en cours au Soudan
L’activiste politique et journaliste Mohieddine Babouri met en lumière l’implication de certains groupes tchadiens et de puissances régionales dans le conflit soudanais, en particulier leur soutien aux Forces de soutien rapide (RSF).
Mohamed Kaka : un chef par procuration
Babouri commence par souligner que Mohamed Kaka, le chef de facto du Tchad, est un fils adoptif plutôt que l’enfant biologique de l’ancien président Tchadien, Idriss Déby. Kaka appartient à la tribu Goran, originaire de l’extrême nord-ouest du Tchad, qui, selon Babouri, a toujours été exploitée et vendue comme esclave.
Actuellement, des combattants Goran sont mobilisés sous la direction du général Abakar Shawa près de la frontière soudano-tchadienne. La première vague de ces forces, dirigée par Idriss Berkay, a récemment attaqué des zones habitées par le groupe ethnique Zaghawa, comme Ambar. Au cours de ces raids, ils ont pillé plus de 6 000 têtes de bétail, tué des civils et brûlé des villages. Cependant, une force de résistance locale, connue sous le nom d’Art Art, les a interceptés et leur a infligé de lourdes pertes.
En réponse, Babouri affirme que les Émirats arabes unis ont fourni des véhicules et des armes à Kaka, qui les a transmis à Saleh Abdel Karim Habré, un important trafiquant et parent de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Habré organiserait des combattants Goran de Libye et du Niger, ainsi que d’autres mercenaires de Mauritanie et de la tribu libyenne des Mahameed, pour rejoindre les RSF. Babouri prévient que cette force, renforcée par des combattants des RSF de retour du Yémen, se concentre désormais sur l’attaque de villes soudanaises comme El Fasher. Il pense que cela pourrait être le pari final des RSF, et qu’une défaite militaire significative marquerait la fin de leurs ambitions.
La racine de la crise au Soudan
Babouri attire l’attention sur le sort des communautés autochtones du Soudan, déplacées et massacrées par les RSF. Il soutient que les RSF ont été délibérément formées et renforcées par les régimes islamistes soudanais pour maintenir leur maîtrise sur le pouvoir. Au fil du temps, les RSF ont exploité les alliances tribales pour faire avancer leur projet de création ‘’de l’État de Junayd’’, une vision de domination qui cherche à effacer les communautés africaines et à les remplacer par une identité arabe fabriquée.
Le soutien tchadien au gouvernement soudanais
Quand on l’interroge sur les rapports selon lesquels certains groupes tchadiens soutiennent le gouvernement soudanais contre les RSF, Babouri confirme la solidarité manifestée par certains groupes ethniques tchadiens. Il explique que de nombreux Tchadiens, lui y compris, voient les ambitions génocidaires des RSF comme une menace directe pour leur propre survie.
‘‘Nous comprenons le programme des RSF : ils veulent un pays sans peuple pour construire leur soi-disant histoire et nation sur les ruines de nos communautés. Si nous ne soutenons pas le Soudan maintenant, le Tchad sera le prochain. ‘‘
Il cite une récente explosion dans un dépôt de missiles au Tchad comme preuve de cette solidarité. Babouri affirme que l’explosion a été orchestrée par des officiers patriotes de l’armée tchadienne qui s’opposaient aux projets du gouvernement de transférer les missiles aux RSF via Um Jaras, une ville située à la frontière entre le Tchad et le Soudan.
Le rôle des Émirats arabes unis et son impact sur le Tchad
Babouri critique vivement les Émirats arabes unis pour leur rôle dans le soutien aux RSF via le Tchad. Il accuse les Émirats arabes unis d’avoir corrompu de hauts responsables tchadiens et d’avoir exercé une influence significative sur Mohamed Kaka, allant même jusqu’à le pousser à promouvoir des fidèles des RSF à des postes importants dans l’armée, la police et la gendarmerie tchadiennes.
Par exemple, l’ancien ministre tchadien des Affaires étrangères Mohamed Saleh Annadif, selon Babouri, a été nommé avec le soutien direct du prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed. L’actuel ministre de l’Intérieur et d’autres diplomates font également partie de ce réseau.
Babouri souligne les divisions croissantes au sein du gouvernement tchadien, qui sont devenues plus apparentes après l’assassinat du leader de l’opposition Yahya Dillo, chef du Parti socialiste sans frontières. Dillo avait révélé l’implication des Émirats arabes unis dans l’armement des RSF à l’aéroport d’Um Jaras, en partageant des photos d’avions émiratis déchargeant des armes. Son assassinat, selon Babouri, a déclenché des manifestations à Um Jaras, ce qui a permis de prendre conscience de la complicité des Émirats arabes unis.
Babouri conclut par un avertissement sévère : ‘‘Ce qui se passe au Soudan n’est pas seulement une crise locale, cela fait partie d’un projet plus vaste qui menace toute la région. Si les RSF réussissent, cela encouragera des projets similaires au Tchad et au-delà. La lutte contre ces groupes n’est pas seulement celle du Soudan, c’est aussi la nôtre. ‘‘
Entretien exclusif avec un leader de l’opposition tchadienne
Les Forces de soutien rapide soudanaises (RSF) ont été accusées de commettre des violations généralisées des droits de l’homme, ciblant des groupes ethniques africains. Cela a incité certains mouvements armés d’origine africaine à s’aligner sur les forces gouvernementales soudanaises pour contrer les RSF. Dr. Sherif Jako, vice-président du Front pour le changement et la concorde au Tchad (FACT), a fourni des informations exclusives à Brown Land, mettant en lumière les dynamiques ethniques, culturelles et sociales étroitement liées entre le Tchad et le Soudan.
Histoires communes, luttes persistantes
Dr. Sherif a expliqué que le Tchad et le Soudan partagent des liens ethniques et tribaux étendus, qui ont façonné leurs paysages sociopolitiques pendant plus de trois décennies. Il a souligné que depuis l’ascension de l’ancien président tchadien Idriss Déby, soutenu par la France, la Libye et le Soudan, les tribus tchadiennes, y compris les mercenaires de la région soudanaise du Darfour, ont été instrumentalisées pour assurer l’emprise de Déby sur le pouvoir.
‘‘Les mouvements d’origine africaine qui ont combattu le gouvernement soudanais sous prétexte de marginalisation et d’injustice ont fini par soutenir le gouvernement tchadien, qui est plus dictatorial que celui du Soudan, animé par des motivations tribales et mercenaires ‘‘, a fait remarquer le M. Jako.
Lorsque la crise soudanaise a éclaté, le 15 avril 2023, avec des affrontements entre les RSF et les Forces armées soudanaises (SAF), la plupart des mouvements d’origine africaine, en particulier ceux signataires de l’accord de paix de Juba – comme le Mouvement de libération du Soudan dirigé par Minni Arko Minawi et le Mouvement pour la justice et l’égalité dirigé par le Dr Gibriel Ibrahim – ont d’abord adopté une position neutre. Cependant, ils ont ensuite rejoint les SAF contre les RSF, attirés par les avantages financiers et politiques.
Le rôle du Tchad : passerelle ou facilitateur ?
En réponse aux allégations d’implication du Tchad dans le soutien aux RSF, le M. Jako a rejeté les allégations de soutien direct du gouvernement.
‘’Le Tchad sert simplement de point de transit pour la logistique militaire passant par l’aéroport d’Umm Jaras. Cela est motivé par les intérêts personnels de la clique au pouvoir au Tchad, sans aucune justification stratégique ‘‘, a-t-il souligné.
En ce qui concerne les accusations des responsables soudanais selon lesquelles les RSF exploitent des bases au Tchad, le M. Jako les a énoncées comme des rumeurs sans fondement et dénuées de décorum diplomatique. ‘‘Il n’y a pas de bases des RSF au Tchad ; la situation se limite aux transits logistiques vers le Soudan’’, a-t-il précisé, notant que l’opposition tchadienne et l’opinion publique s’opposent fermement à toute implication dans la crise soudanaise.
‘‘Le Tchad doit, soit jouer un rôle de médiateur pour une résolution pacifique, soit maintenir la neutralité, rien de plus ‘‘, a-t-il affirmé, critiquant les interventions ethniques transfrontalières des mouvements du Darfour qui ont déstabilisé le Tchad au fil des ans. Le FACT a régulièrement publié des déclarations rejetant toute ingérence dans les affaires intérieures du Soudan, a-t-il ajouté.
Le rôle controversé des Émirats arabes unis dans le conflit soudanais
Le Dr. Jako a également accusé les Émirats arabes unis d’alimenter la guerre soudanaise en faisant transiter des fournitures militaires aux RSF par le Tchad, exploitant ainsi les intérêts égoïstes de la clique au pouvoir. ‘‘Cela porte atteinte aux principes du Tchad, qui s’opposait historiquement à toute implication dans les crises voisines ‘‘, a-t-il déclaré, ajoutant que l’influence des Émirats arabes unis avait exacerbé les tensions au sein du gouvernement tchadien et avec son ancien colonisateur, la France.
Il a conclu en adressant un message au gouvernement et au peuple soudanais : ‘’Le peuple tchadien, qui a souffert de l’ingérence soudanaise dans le passé, est innocent de toute implication dans cette crise. Stéréotyper les Tchadiens en raison d’allégations sans fondement ne fait que mettre à mal les liens historiques entre nos peuples.’’
Escalade internationale et influence des Émirats arabes unis
Plus d’un an après les affrontements militaires entre l’armée soudanaise (FAS) et les Forces de soutien rapide (RSF), les relations entre le Soudan et les Émirats arabes unis sont entrées dans une nouvelle phase de tension. Ce changement de cœur a été provoqué par un échange houleux entre les représentants des deux pays aux Nations Unies à New York lors d’une session le 13 juin 2024, qui s’est concentrée sur la situation dans la ville soudanaise d’El Fasher.
Khartoum accuse Abu Dhabi de fournir un soutien militaire, logistique et financier aux RSF, permettant au groupe de poursuivre ses efforts de guerre. En outre, les Émirats arabes unis exerceraient une influence sur plusieurs pays voisins, au premier rang desquels le Tchad, la République centrafricaine et le leader libyen Khalifa Haftar, pour permettre que leurs territoires soient utilisés pour le transport de soutien aux RSF.
Ce soutien a suscité de graves inquiétudes non seulement quant à la stabilité et à la sécurité du Soudan, mais aussi quant à son unité, avec la crainte que la situation ne reproduise le scénario libyen.
Le président Déby : son propre ennemi
L’écrivaine et journaliste soudanaise Rasha Oshi, dans un article publié sur les plateformes de médias sociaux le 7 décembre 2024, intitulé ‘‘Le président Déby: son propre ennemi ‘‘, a soutenu qu’en permettant aux Émirats arabes unis d’utiliser le Tchad comme un pion dans leur agression contre le Soudan, le président Mahamet Déby a commis une erreur stratégique coûteuse qui ne peut pas être facilement rectifiée. Le Tchad est effectivement devenu une base militaire pour les milices soutenues par les Émirats arabes unis qui attaquent le Soudan.
Oshi a soutenu que l’erreur stratégique du président Déby réside dans le fait de donner la priorité à son image publique sur les intérêts historiques et politiques de son pays, ce qui l’a conduit à porter un coup à son régime que ses adversaires, sous le règne de son père Idriss Déby, n’ont jamais été en mesure d’infliger. En permettant aux rivaux historiques de sa famille de contrôler des postes de décision clés au Tchad, il a ouvert la voie à l’empiétement des extensions ethniques depuis le Soudan.
L’article se demande également s’il existe encore une opportunité pour une relation renouvelée entre le Soudan et le Tchad au milieu de changements politiques rapides. Oshi a souligné que le soutien de Déby aux Forces de soutien rapide (RSF) a rendu la réconciliation entre les deux nations presque impossible. Le chemin vers le rétablissement de la paix est désormais semé d’épines en raison de l’aggravation du conflit.
‘‘Il y avait une chance de reculer, mais lorsque le président Mahomet Déby a cru que son alignement avec les Émirats arabes unis assurerait sa place dans l’histoire en tant que dirigeant qui a mis fin à l’influence française et a inauguré de nouveaux intérêts, il a perdu cette chance pour toujours ‘‘, a écrit Oshi. ‘‘Le Tchad risque désormais de devenir une colonie des Émirats arabes unis, alors que Déby s’efforce de renforcer sa position dans la région. ‘‘
L’article souligne également la manière dont Déby s’est retrouvé ostracisé, même par son propre peuple. De hauts responsables militaires et gouvernementaux rejettent désormais le bain de sang causé par les frappes aériennes des RSF sur les camps de déplacés au Darfour, qui seraient lancées depuis les aéroports tchadiens de N’Djamena et d’Am Jaras, sur la base d’images satellite fournies par l’armée soudanaise comme preuve de l’implication du Tchad dans le conflit.
En outre, Oshi a souligné que les membres de la famille Déby, qui ont connu des tensions internes en raison des politiques du président Mahomet, cherchent à dialoguer avec le Soudan pour clarifier la position du Tchad.
Cependant, elle a fait valoir que Mahomet Déby ne reconnaît pas que les frontières entre les deux pays sont immuables et que ses tentatives de les modifier ne mèneront qu’à de plus grands conflits.
Enfin, Oshi a rappelé aux lecteurs l’histoire de la violence et de la tragédie associée à la famille Déby au Tchad, notant que les groupes avec lesquels Mahomet Déby s’est aujourd’hui allié ont autrefois représenté une menace directe pour le régime de son père. Tenter de donner du pouvoir aux RSF, qui partagent des liens ethniques avec ces groupes, revient à jouer avec le feu qui ne peut que s’enflammer bientôt.
Elle a conclu en conseillant au président Mahomet Déby de faire face à la réalité de sa situation et d’évaluer soigneusement les coûts et les avantages de ses actions avant qu’il ne soit trop tard.
Le soutien des Émirats arabes unis au Tchad se retournera bientôt contre lui
Le Dr Mohamed Hamad, analyste des affaires internationales et régionales, a déclaré à Brown Land que l’antagonisme du président Mahomet Déby envers le Soudan a creusé un fossé profond dans la sécurité stratégique du Tchad. En se rangeant du côté des RSF, une force rebelle multiethnique transfrontalière, Déby a non seulement mis en danger la majorité des Tchadiens, mais aussi compromis l’avenir de son régime.
‘‘Si les RSF l’emportent au Soudan, elles chercheront inévitablement à dominer la région, avec le Tchad comme prochaine cible ‘‘, a averti le Dr Hamad. Il a expliqué que les régimes africains du passé, comme Mengistu en Éthiopie et Siad Barre en Somalie, ont donné la priorité à l’aide économique et militaire étrangère toxique pour soutenir des régimes fragiles. En fin de compte, ces dépendances ont joué un rôle décisif dans l’effondrement de leurs États.
‘‘L’attrait de l’aide des Émirats arabes unis conduit Déby sur une voie périlleuse ‘‘, a ajouté le Dr Hamad. ‘‘Étant donné la dynamique complexe et réciproque de sécurité entre le Soudan et le Tchad, cet alignement contre le Soudan déstabilisera sans aucun doute le régime de Déby. ‘‘
Conclusion
Un rapport d’enquête de Brown Land a révélé des preuves convaincantes de l’implication du Tchad dans le soutien aux RSF. Cette ingérence n’est ni dans l’intérêt du Tchad ni bénéfique pour la région dans son ensemble. Même si Déby pourrait obtenir des avantages financiers temporaires de la part des Émirats arabes unis et utiliser le conflit pour réprimer l’opposition tchadienne en l’entraînant dans une guerre perdue d’avance, les implications plus larges laissent présager une fin sombre pour ce chapitre précaire de l’histoire du Tchad.
‘‘Cette période sombre s’annonce catastrophique pour toutes personnes impliquées ‘‘, a souligné Mohamed Saad Kamel, Rédacteur En Chef du Journal Brown Land.
FIN


